D’art à mème : Destinations, usages et visibilités en ligne de photographies d’œuvres d’art éphémères

Christelle Proulx

À l’aide des théorisations du mème internet, de la viralité et de la visibilité, de même que d’outils numériques permettant la collecte et la visualisation de données, cet article propose de cartographier la circulation des photographies de deux projets artistiques éphémères afin de cerner et d’étudier les modes de visibilités qui sont à l’œuvre. Entre leur itération dans l’espace tangible, puis leurs présences à la fois surprenantes et révélatrices sur des dizaines de sites et blogues, je retrace les occurrences des images de l’installation d’écriture publique Meme Snippets (2012) de Rémi Beaupré et de la performance bread-bed (2002-2005) de karen elaine spencer[1]. Il s’agit donc d’extraire les trajectoires et destinations de certains objets culturels du maelstrom circulatoire des flux internet afin de démontrer, en comparant ces cas singuliers, comment ces déplacements agissent (ou non) sur l’ampleur des publics de l’art.

Christelle Proulx est candidate au doctorat interuniversitaire en histoire de l’art à l’Université de Montréal sous la direction de Suzanne Paquet. Détentrice d’une bourse de doctorat du Conseil de recherche en sciences humaines du Canada, son projet de thèse cherche à cerner les liens entre les dynamiques utopiques et photographiques qui animent le web et ses plateformes. Ses intérêts de recherche portent surtout sur l’étude de la culture visuelle, la sociologie des sciences et des techniques, de même que les études internet, logicielles, photographiques et médiatiques. Elle a notamment publié sur le sujet dans la revue Ciel Variable et Captures. Figures, théories et pratiques de l’imaginaire et co-dirige actuellement un ouvrage collectif intitulé L’agir en condition hyperconnectée : art et images à l’œuvre (à paraître, 2019). Elle est auxiliaire de recherche pour le projet « Art et site » (artetsite.org) depuis 2012 et contribue également au projet de recherche « Archiver le présent » (archiverlepresent.org).

Art contemporain – Mème – Visualisation – Photographie – Internet

1 – Destinations et usages des « Fragments de mème »
2 – Les logiques mémétiques et circulatoires de bread-bed
3 – Une circulation en casse-tête

Malgré son omniprésence dans nos quotidiens, le monde en ligne en tant qu’espace et que flux informationnel, même lorsque quasi entièrement intriqué au monde tangible, demeure difficile à appréhender. Les objets numériques y circulent, se reproduisent et se transforment par le biais d’acteurs, d’intermédiaires et de modalités d’interactions de plus en plus diverses, atteignant destinations et états insoupçonnés ou tout le moins inaccessibles il y a quelques années. Les univers de la culture et du commerce tentent tant bien que mal de s’y adapter tandis que les institutions plus traditionnelles restent souvent béates devant tant de fluctuations. Heureusement, les outils méthodologiques et les perspectives théoriques s’arriment progressivement à l’examen de ces dynamiques difficiles à concevoir. Le monde de l’art tarde certainement à s’y mettre, mais les études visuelles commencent à cerner l’importance des alliages avec les études internet issues du milieu du marketing, de la communication et des humanités numériques. C’est en partie ce que je propose avec cet article : enquêter sur la circulation en ligne de photographies d’œuvres d’art qui participent d’une logique mémétique. Grâce à quelques collectes de données et visualisations géographiques, il s’agira donc d’étudier les trajectoires spécifiques qu’ont parcouru les photographies de deux œuvres d’art devenues mémétiques.


Le terme mème provient, de façon plutôt célèbre aujourd’hui, des théorisations de l’évolution du biologiste Richard Dawkins dans The Selfish Gene (1976). Dans une perspective génétique et darwiniste sur la fécondité et la reproductibilité, Dawkins propose un dérivé du mot grec mimema, signifiant « quelque chose qui est imité », le « mème », pour sa sonorité similaire à celle de « gène » (meme et gene en anglais également). Cela sert ainsi à définir un réplicateur culturel, qui, pour Dawkins peut s’appliquer tant au christianisme qu’au jeu d’échec ou tout élément pouvant être transmis d’une personne à l’autre, principalement par imitation et par copie. Dans le discours populaire actuel, le mème internet est surtout connu pour être une image associée à une légende, habituellement humoristique et qui tend à circuler de façon soutenue en ligne : sur Facebook, 4chan, Reddit ou Tumblr par exemple. Les LOLcats sont probablement l’exemple le plus célèbre de ce genre de contenu (voir Fig 1). Le phénomène des mèmes internet est cependant plus complexe que ces deux définitions. Dans Memes in Digital Culture (2013), Limor Shifman [2] explique bien comment il s’agit en fait d’un ensemble d’éléments partageant des caractéristiques similaires, qui ont été produits en connaissance des autres éléments et, surtout, qui ont circulé, ont été imités ou transformés par différents internautes.

Figure 1 : LOLcat mème « Im in ur foldur keruptin yr fylez » par Clancy Ratliff from St. Paul, MN, U.S. - My first lolcat.

Outre les passages de photographies d’art au statut de mèmes plus célèbres comme la page Facebook de Classical Art Memes [3] ou le Tumblr Fly Art Productions [4], il s’avère particulièrement révélateur de se pencher sur la photographie d’œuvres plus confidentielles, locales et temporaires. Ainsi, à l’aide des théorisations du mème internet, de la viralité et de la visibilité, de même que d’outils numériques permettant la collecte et la visualisation, je propose de cartographier la circulation des photographies de deux projets artistiques éphémères afin de cerner et d’étudier les modes de visibilités qui sont à l’œuvre. Entre leur itération dans l’espace tangible, puis leurs présences à la fois surprenantes et révélatrices sur des dizaines de sites et blogues, je retracerai les occurrences des images de l’installation d’écriture publique Meme Snippets (2012) (Fig 2) de Rémi Beaupré et de la performance bread-bed (2002-2005) de karen elaine spencer [5] (Fig 3). Il s’agit donc d’extraire les trajectoires et destinations de certains objets culturels du maelstrom circulatoire des flux internet afin de démontrer, en comparant ces cas singuliers, comment ces déplacements agissent (ou non) sur l’ampleur des publics de l’art.

Figure 2 : Extrait de la série Meme Snippets de Rémi Beaupré, au centre d’artistes DARE-DARE, Montréal, Québec 2012. Photographie par retis.
Figure 3 : bread-bed par karen elaine spencer, galerie verticale, Laval, Québec, 2003. Photographie par Paul Litherland.

Le médium photographique est déjà fameux pour sa façon particulière d’écraser le temps et l’espace, permettant de rendre des choses visibles en dehors d’un espace et d’un temps partagés. Une fois alliées à la numérisation et internet, les photographies peuvent être propulsées plus loin et plus rapidement encore. Considérant les interactions largement étendues dans l’espace qu’implique une étude comme celle que je propose, je retiens les notions de propagation et de trajectoires afin d’observer les logiques mémétiques à l’œuvre. Ces réflexions sont aussi issues du travail mené pour le projet de recherche « Art et site : habiter l’espace public à l’ère de l’image » [6], dirigé par Suzanne Paquet, professeure d’histoire de l’art à l’Université de Montréal, depuis 2012. Son second volet a pour but d’étudier l’action des publics sur l’art. Pour ce faire, nous observons la circulation de photographies d’art en ligne. L’hypothèse est qu’une géographie nouvelle des œuvres d’art se trace, par les images et leur propagation, entre l’espace public urbain et le web [7]. La perspective théorique inspirée de la sociologie de la médiation permet notamment de lier ces considérations à la fois mémétiques, virales, visuelles et sociotechniques.

1. Destinations et usages des « Fragments de mème »

Rémi Beaupré inaugure le projet d’écriture publique du centre d’artiste montréalais DARE-DARE en proposant une série d’énoncés exposés sous l’intitulé Meme Snippets entre le 17 mai 2012 et le 2 avril 2013. Devant ce centre, par ailleurs nomade et spécialisé dans les actions éphémères dans l’espace public, une enseigne lumineuse aux allures publicitaires posée devant son abri-mobile exhibe ces mots d’artistes. Pour ce projet, Beaupré fait sortir les codes du web pour les intégrer dans celui de l’espace physique :

Je transforme des balises de code HTML, de CSS, des instances de hashtags ou de chatspeak en phrases codées qui portent sur l’éthique, les médias et le futur. Je maintiens une structure de code crédible, comme s’il s’agissait d’un site internet au contenu inconnu, d’une entité à la portée insaisissable. [8]

On peut y lire les cinq énoncés suivants :

.Political
{position: relative;}

.Caste
{position: absolute;}

< !—keep your
comments
to yourself -->

#WhoYouAre
#WhatYouWillBe
#WhatYouWillDo

.reactingOnlyWhen
.theConsequences
.ofOurActions
{overflow : visible ;}

FTLOG PPL PLZ LOL !
THX & HAND :)

Des photographies de ce projet ont été mises en ligne en 2012, à titre expérimental, sur la plateforme de partage de photographies Flickr. Les photos sont publiées de façon à motiver et faciliter le « partage » ou les réutilisations. Ainsi mises à disposition dans un environnement propice à la reprise, sous licence Creative Commons [9], à la fois accessibles et bien référencées par les moteurs de recherche, notamment grâce aux tags ajoutés sur Flickr, les photographies servent de « pots de miel » (honeypot) [10], pour reprendre une expression issue du marketing web, afin d’attirer les réappropriations potentielles. Lorsque les graphiques du nombre de vues explosent sur Flickr, il est fort probable que ces photographies en viennent à sortir de la plateforme, démultipliées par leurs réutilisations à d’autres fins sur d’autres sites. Au moment d’écrire ces lignes, la photographie sur laquelle j’ai fait enquête pour cet article a près de 20 000 vues sur Flickr depuis sa publication (Fig 4). Sur cette image, on voit le panneau qui expose les hashtags de Beaupré devant l’abri-mobile de DARE-DARE, graffité par le collectif d’art mural EN MASSE [11]. Le titre de l’œuvre et l’artiste sont bien identifiés sous le panneau, intégrant de ce fait la légende à l’œuvre. Il s’agit par ailleurs d’un projet d’écriture publique qui a fait l’objet d’une publication intitulée Vers libres en 2017 et est encore en cours, changeant régulièrement et très souvent photographiée par les passants selon DARE-DARE.

Figure 4 : Graphique du nombre de vues de la photographie de Meme Snippets sur Flickr, de 2013 à 2018.

Afin de (pour)suivre assez littéralement cette image, j’ai retracé sa circulation dans le web avec l’outil de recherche d’images inversé de Google. Le processus de recherche d’images et la collecte de données relative aux pages web sur lesquelles se retrouvent les images ont été automatisé avec un outil conçu sur mesure pour ces besoins [12]. Pour cet article, j’ai ensuite utilisé un logiciel me permettant de produire des visualisations géographiques avec les données recueillies sur les dizaines de pages web découvertes. Cette carte (Fig 5) permet ainsi de voir l’ampleur de la circulation de l’image, illustrant les destinations que des données de géolocalisation ont permis de situer, en plus de la densité de présence représentée par l’opacité des cercles localisés.

Figure 5 : Carte des destinations de la photographie de Meme Snippets sur 59 pages web localisées.

L’image a donc principalement circulé aux États-Unis et en Europe, mais également au Japon et en Israël. En observant les usages de la photographie sur divers sites, il apparaît qu’elle sert principalement à illustrer des articles portant sur les réseaux sociaux et la circulation de l’information en ligne. Ni l’œuvre ni la photographie ne sont discutées dans les articles. La photographie est notamment utilisée sur la plateforme Wordnik (2009-) afin d’illustrer la définition des termes « chatspeak » et « infecter », en accord avec la nature virale du propos de l’œuvre et de la circulation de sa photographie. La photographie de Meme Snippets illustre en outre les articles « 10 consumer tech trends 2013 » du célèbre magazine européen White Board (Fig 6) et « Données personnelles : le livre numérique, mouchard de luxe » sur le site d’actualités littéraires Actualitte. Elle a également été reprise en 2016 dans un article de L’usine digitale intitulé « Google postule au Privacy Shield, le "bouclier" transatlantique pour les données personnelles ». La photographie est véritablement utilisée à titre illustratif, afin de complémenter les textes publiés d’un visuel libre de droits (ce pourquoi les photographies sont publiées sous licence Creative Commons sur Flickr) à saveur technologique.

Figure 6 : Capture d’écran de la réutilisation de la photographie de Meme Snippets dans l’article de White Board.

L’hypothèse qui expliquerait la popularité de cette photographie pourtant simple semble être la présence d’hashtags. Il est effectivement fort difficile de trouver des photographies de hashtags puisque cette « forme » écrite ne sort habituellement pas de l’écran. L’œuvre ainsi exposée à l’extérieur est l’incarnation dans le monde tangible d’une norme issue du monde en ligne qui met en scène la perméabilité grandissante des espaces en ligne et hors ligne. Parce que l’hashtag est un élément crucial de notre expérience d’internaute et tout particulièrement dans les logiques de visibilité et de circulation en ligne, il convient de préciser ce dont il s’agit. En français, c’est un mot-dièse ou un mot-clic qui se constitue du « hash », un signe topographique appelé croisillon en français, et ce qui suit est le tag en question, c’est-à-dire l’étiquette. Le tag sans hash, lui, est véritablement une étiquette de type descriptif accolée à un objet numérique et considéré comme une métadonnée. Les tags et hashtags font se rassembler des images par thèmes, un peu comme ceux qui sont générés par les utilisateurs de Flickr ou l’identification de personnes sur Facebook et sur Instagram, mais l’hashtag ne sert pas seulement à décrire le contenu de l’image. Outre l’usage du croisillon comme principe d’ancrage en langage html et avant même sa popularisation sur Twitter (2006-) pour identifier des sujets de conversation à suivre ou à commenter, l’hashtag avait cette fonction de canalisateur. Certains se souviendront du protocole IRC pour discuter en ligne, comme mIRC (1995-) par exemple, dans lequel le hash servait à indiquer un canal de discussion. Il semble important de se rappeler l’histoire de l’hashtag en tant qu’outil d’accès à des canaux de discussion, tandis qu’aujourd’hui c’est aussi un outil qui façonne notre expérience de la photographie apparemment devenue conversationnelle [13]. L’hashtag est effectivement beaucoup plus qu’une description de contenu, c’est souvent un condensé de l’expérience d’un événement, une opinion ou une blague qui permet à la fois de décrire et d’hyperlier du contenu, des images, avec d’autres. Plus que des mots qui déterminent ce qu’on obtient comme dans une recherche d’images par mots-clés sur Google par exemple, l’hashtag vient façonner l’usage et la visibilité des photos. L’hashtag effectue très souvent une opération de type mémétique au sens d’un contenu – souvent une image – accolé à une légende, rendant cette association à la fois humoristique et intertextuelle, une intertextualité sur laquelle je reviendrai plus loin. Par ailleurs, le caractère particulièrement général et abstrait des hashtags utilisés par Beaupré permet certainement une plus grande variété d’usages pour cette photographie. Elle n’est cependant jamais modifiée ou réappropriée par les producteurs de contenus des sites trouvés. Ainsi, la photographie de Meme Snippets est peut-être plus près d’une image virale (quoique modeste du haut d’une cinquantaine de destinations) que d’une réelle logique mémétique. La viralité est très proche de la mémétique, mais une définition plus précise permet d’entrevoir les différences. Selon Karine Nahon et Jeff Hemsley dans Going Viral :

La viralité est un processus de flux d’information social dans lequel plusieurs personnes transfèrent simultanément un item informationnel spécifique, dans une courte période, à travers leurs réseaux sociaux, et où le message s’étend au-delà de leurs propres réseaux (sociaux) jusqu’à des réseaux différents et souvent distants, ce qui résulte en une forte accélération du nombre de personnes qui sont exposées à ce message [14].

En comparaison avec la mémétique, la viralité suggère effectivement souvent une certaine passivité des hôtes [15], agissant en tant que relais ou intermédiaires, c’est-à-dire plus loin d’une forme de culture participative dans laquelle se situent les logiques mémétiques.

2. Les logiques mémétiques et circulatoires de bread-bed

karen elaine spencer est une artiste montréalaise connue pour ses performances dans l’espace public utilisant souvent de la nourriture. Son œuvre bread-bed a été présentée à de nombreuses reprises, notamment au Canada, en Finlande et en France. Elle est donc déjà réitérable, reproduite et transformée en différents lieux. Les œuvres éphémères comme la performance, l’art furtif ou les installations temporaires comme Meme Snippets requièrent la plupart du temps une forme de documentation photographique et de circulation, idéalement en ligne, afin de donner de la visibilité aux œuvres. Il est donc souvent nécessaire, pour des artistes comme spencer, de bien documenter leur travail. Pour cette œuvre, l’artiste utilise des dizaines de miches de pain blanc tranché afin de constituer ses lits. Un peu comme un matelas en mousse à mémoire de forme, le pain blanc extra-moelleux conserve les traces du poids des corps qui s’y sont étendus. La photographie qui m’intéresse pour cet article, celle qui a beaucoup circulé, date de 2003, lors de l’itération de la performance d’une durée d’un mois à la galerie Verticale à Laval. L’origine de l’image qui a été suivie à la trace provient du site web de l’artiste et non de Flickr comme pour le cas précédent. C’est en outre l’artiste qui a signalé la présence de la photographie sur d’autres sites en observant les statistiques de consultation de son propre site. En approfondissant le suivi de cette photographie par les mêmes procédés de recherche inversée d’images, j’ai pu comptabiliser plusieurs centaines d’occurrences sur d’autres pages web. La carte géographique suivante (Fig 7) permet, comme pour Meme Snippets, de visualiser l’ampleur des voyages effectués par cette photographie, en montrant toutes ses destinations.

Figure 7 : Carte des destinations de la photographie de bread-bed sur 283 pages web localisées.

En observant les pages sur lesquelles a abouti la photographie, j’ai remarqué non seulement sa présence sur des sites de mèmes populaires comme Reddit, Tumblr et 4chan, mais également dans plusieurs « top d’images insolites » et variations diverses de cet intitulé. À la fois ridicules et immensément populaires, ces regroupements d’images relèvent souvent d’une forme de piège à clics afin de donner de la visibilité à un site et, bien sûr, aux publicités qui s’y trouvent. Aussi futile soit-il, ce type de pages constitue pourtant une bonne part de la culture visuelle et mémétique des internautes. La photographie de bread-bed est en fait reprise avec un noyau d’images qui voyagent telles des grappes ou des clusters, qui s’allient parfois à une centaine d’autres images pour former différents corpus d’images surprenantes afin de divertir les internautes. Cette logique circulatoire dans laquelle se situe la photographie poursuivie en est donc non seulement une de relais, mais également de regroupement ou d’association qui, vraisemblablement, en facilite le transport. Cela fait certainement écho aux études des sciences et des techniques et de la théorie de l’acteur-réseau menées notamment par Bruno Latour [16] et dans lesquelles il explicite comment le réseau peut s’étendre en recrutant différents alliés hétérogènes en chemin [17]. Il explique en outre toute la nécessité de tracer soigneusement les associations, les transformations et les opérations de dissémination [18]. C’est bien ce qui se passe ici et ce que je tente de rendre visible. Sur la carte de bread-bed, on peut voir un point bien opaque en Iran où plusieurs occurrences de l’image ont été découvertes sur des pages rédigées en persan, légendées « عکس های خنده دار», traduit par « images drôles ». Cependant, il s’agit toujours du même corpus d’images regroupées, montrant surtout diverses associations surprenantes de motifs, quoique fort banales (des exemples en Fig 8 et 9). Ces mêmes images se retrouvent également sur des sites français et russes. Les pages trouvées agrègent aussi souvent des corpus de différentes thématiques ou, pour faire écho au cas de Meme Snippets, par hashtags, notamment « #breadmeme » ou « #ilovebread ». Vraisemblablement, plusieurs mèmes semblent représenter différentes utilisations de tranches de pain (Fig 10, 11 et 12, retrouvées avec bread-bed). Ces modalités d’attachements entre les images, si insignifiantes puissent-elles paraître, renforcent le pouvoir de diffusion et l’étendue des distances parcourues par une image.

Figure 8 : Photographie anonyme et sans titre représentant une tête de chat sortant d’un sac de marque Abercrombie et Fitch sur lequel est imprimé un torse masculin.
Figure 9 : Photographie sans titre et anonyme représentant une carriole tirée par un cheval à laquelle est accrochée une petite embarcation nautique à moteur.
Figure 10 : Mème «When you keep getting assigne more and more homework but you still continue to procrastinate and do absolutely nothing», anonyme.
Figure 11 : Mème «I Believe this cat is inbred», anonyme.
Figure 12 : Mème «Suicidarse Nivel : Leyenda», anonyme.

3. Une circulation en casse-tête

L’exemple de bread-bed et de ses acolytes illustre bien l’importance de l’incongruité, de la juxtaposition et du « ridicule » des photographies mémétiques [19]. Les études portant sur les mèmes internet ont fréquemment souligné qu’un mème relève généralement d’une problématique, qu’elle soit sociopolitique, économique, culturelle, humoristique et fréquemment visuelle. Selon Shifman,

l’une des caractéristiques principales que partagent les photos et vidéos mémétiques est l’apparence d’un casse-tête ou d’un problème qui nécessite une résolution par des processus de réponses créatives. Ce casse-tête est souvent lié aux incongruités fondamentales qui caractérise ces textes, ce qui, encore une fois, semble en appeler à l’intervention des internautes. [20]

Dans le cas de la photographie de bread-bed, le processus de résolution du casse-tête proposé par l’image (qu’est-ce qui se passe dans cette photographie ?) se déroule assez explicitement sur Reddit où l’image a été retrouvée. Il s’agit par ailleurs d’une plateforme sur laquelle se résolvent plusieurs casse-têtes ou enquêtes menées de façon collaborative en ligne [21]. La photographie de cette œuvre de spencer a effectivement fait fureur sur Reddit en décembre 2014, dans le subreddit [22] intitulé WTF - « Things that make you say W.T.F. » par un utilisateur-redditeur dorénavant supprimé (donc aujourd’hui anonyme), sous l’intitulé « go to bread. ». Autodécrit comme le « front page d’internet », Reddit (2005-) est une plateforme de social bookmarking qui permet de partager différents types de contenus et de voter. Il ne s’agit donc absolument pas d’une plateforme pour l’art de pointe.

En analysant les nombreux commentaires sur la publication de 2014 (il y en a près de 300), on peut y lire notamment plusieurs fois l’expression « what the fuck » et diverses références à l’intolérance au gluten. Les jeux de mots y règnent en maître (« Quit loafing around ») et on constate aussi plusieurs critiques quant au gaspillage de nourriture (« What a waste of abundance »). Le commentaire qui revient particulièrement souvent, sur Reddit, dû à l’intitulé de la publication, mais aussi sur plusieurs autres pages découvertes, vient relier cette image à un épisode de la série télévisée Les Simpsons. Dans celui-ci, Lisa garde Bart qui lui dit qu’il croyait avoir entendu « Go to bread » plutôt que « go to bed » lorsqu’il se prépare tout bonnement des tartines devant sa sœur exaspérée [23]. Les références mobilisées dans les mèmes font souvent appel à des souvenirs plus ou moins récents de la culture populaire. Le plaisir de déceler le lien parfois un peu obscur et de se remémorer les sources fait ainsi référence à cette autre origine du terme « mème » : « Mneme », l’une des muses originales de la mythologie grecque dont le nom se réfère à la mémoire. Outre ce jeu de références intertextuelles entre différents éléments de la culture qui joue un rôle de premier plan dans la culture mémétique en ligne [24], on voit surtout, à la lecture des commentaires, un bel exemple de démultiplication des interprétations. Cela est conforme à l’ajout de texte sur une image polysémique propre à la tradition populaire des mèmes, puisque plusieurs commentateurs se demandent ce qui est représenté dans cette photographie. L’un des utilisateurs-redditeurs raconte même une anecdote expliquant qu’il s’agit de militaires qui avaient trop de pain et pas encore de matelas. L’aspect « casse-tête » du mème qu’est devenue la photographie une fois tirée hors de son contexte de production artistique, est ce qui ressort le plus fortement de cette enquête.

Puis le casse-tête y est résolu : il s’agit d’une œuvre d’art. L’utilisateur-redditeur Coelacanth7 commente « It is a weird art thing », en hyperliant cette affirmation avec la page de l’œuvre sur le site web de l’artiste. Il a d’ailleurs fort probablement utilisé la recherche par image de Google afin de résoudre la problématique de l’objet et de l’origine de cette photographie. La résolution de l’image-énigme ne pose bien sûr aucun frein à sa circulation, ni même à l’ajout de commentaires sur Reddit, il ne s’agit que de la fin du chemin que j’emprunte afin de raconter son parcours. On peut également y lire d’importants témoignages de réactions d’un public exposé à ce type d’art « par accident », ce qui arrive aussi dans la rue lors de performances éphémères. Quelques-uns décrient ce genre d’œuvre en écrivant « This looks like the type of crap that passes for "art" in Tate Modern » ou la situent dans le genre artistique de la performance en demandant « Is this the new Marina Abramovic work ? ».

La photographie a aussi refait surface sur Reddit en novembre 2017 dans le subreddit « YouSeeComrade », un forum humoristique dédié aux mèmes portant sur la Russie et l’armée. Elle a été publiée par SpadesFTW avec la légende suivante : « Yuo sic see comrade, when you sleep on bread, you take carbs with no work input ». Parmi les cinquante commentaires sous cette publication, on retrouve encore la référence à Les Simpsons, diverses blagues et calembours, de même qu’un lien vers le site de spencer : ce à quoi un utilisateur répond « art is weird. » Cet ensemble de jeux de mots, d’interrogations et de propositions matérialise les processus créatifs visibles dans les commentaires montrent cette « participation ouverte » propre aux logiques mémétiques ou au spreadable media de Henry Jenkins, Sam Ford et Josuha Green [25], mais également à l’art contemporain et surtout à celui de type relationnel dans lequel peut se situer une part de la pratique de spencer. Sans chercher à suggérer que ces multiples instances de réutilisation font œuvre, elles élargissent certainement le réseau des publics, des usages et des interprétations de l’œuvre, tant d’éléments dont il convient de tenir compte et dont l’étude en ligne s’avère particulièrement fructueuse.


La photographie de bread-bed a également été reprise dans un autre mème qui a beaucoup circulé dans la communauté Tumblr en 2017 (Fig 13). Il s’agit d’un montage de quatre images mettant en scène du pain de façon inhabituelle. On y retrouve même le mème « Suicidarse Nivel:Leyenda » [26] (Fig 12) et la photographie de bread head, une autre performance qu’a faite spencer en 2003 avec les tranches de pain restantes de bread-bed et de nouvelles sur un terrain vague (“waste” land) montréalais (Fig 14). Fidèle à la forme traditionnelle du mème populaire jusque dans la célèbre anaphore mémétique « When you », on peut y lire la légende suivante : « When u finally break up with someone who’s gluten free and u can be yourself again ».

Figure 13 : Mème « When you finally break up with someone who is gluten free and u get to be yourself again », anonyme.
Figure 14 : Photographie de la performance bread head, par karen elaine spencer, 2003, Turcot yards, Montréal, Québec. Photographie par Paul Litherland.

En vérifiant la circulation de ce mème par recherche par image sur Google et en cartographiant les destinations, on constate près de deux cents résultats différents de pages web ayant réutilisé ce montage. En partant de Tumblr (2007-), une plate-forme principalement fondée sur le rebloggage, c’est-à-dire le partage de contenus provenant d’ailleurs, il n’est pas surprenant de constater autant de reprises. Le mème a cependant été retrouvé bien au-delà de Tumblr, et en fait, surtout au-delà de Tumblr lors de l’enquête, puisque les contenus rebloggués sur cette plate-forme sont difficilement indexés par Google. La carte ci-dessous (Fig 14) montre peu de points si on tient compte du nombre de pages découvertes ; cela s’explique par la forte concentration de présence en quelques points, sur quelques sites qui reviennent des dizaines de fois. Parmi ceux-ci, le plus exemplaire est certainement la plateforme Pinterest, dont les serveurs localisés en Californie sont le seul lieu aisément géolocalisable. Il n’est effectivement pas possible d’obtenir la localisation de chaque utilisateur ayant épinglé l’image. Ce détail vient mettre en lumière les difficultés méthodologiques du traçage d’images en ligne, de même que la matérialité des données en ligne qui doivent nécessairement être hébergées quelque part.

Comme pour la photographie initiale de bread-bed, ce montage est retrouvé sur plusieurs pages qui agrègent les mèmes ayant pour intitulés des expressions comme « hugelol » et « memedroid », mais aussi sur Imgur (2009-), une autre plateforme de partage d’images célèbre pour y dénicher toutes sortes d’images plus ou moins virales. Il demeure fascinant de découvrir une circulation aussi grande sur des pages italiennes, polonaises, allemandes et tchèques. L’exemple de bread-bed montre une viralité certes moindre en comparaison à ce qui est habituellement qualifié de « contenu viral » en marketing et en communication, quoique remarquable pour ce type d’œuvres, relativement obscures au grand public. En fait, suite à la publication de bread-bed sur Reddit il y a trois ans, spencer a rapporté plus de 900 vues de la page de l’œuvre sur son site. La visibilité de bread-bed en tant qu’œuvre finit par être effective lors de la résolution du casse-tête sur Reddit. Une boucle similaire se dessine pour Meme Snippets : les réutilisations qui identifient la source de l’image sur Flickr font certainement augmenter les vues de la photo présentée comme œuvre.

Figure 15 : Carte des destinations du meme « When u finally break up with someone who is gluten free and u can finally be yourself again » sur 183 pages web localisées.

Conclusion

D’un côté, une œuvre qui utilise les codes du web sort du régime de visibilité traditionnel de l’art contemporain pour entrer dans l’univers des « tech blogs » ; et de l’autre, une œuvre qui, par le détournement des usages de la nourriture, sort également de la bulle artistique afin de traverser du côté du grand public internet savvy de Reddit ou mondain de Pinterest. La diversité des réemplois et les spécificités du mème nous informe sur les modes d’existence de l’art hors ligne une fois en ligne et sur les modes d’action des publics sur cette visibilité de l’art. Les enquêtes menées ici témoignent certainement d’une forme d’élargissement des publics rendu possible par l’action de partage et de réappropriation plutôt que par les modalités de visibilité des institutions traditionnelles de l’art. Ces deux exemples, si spécifiques et fragmentaires soient-ils, démontrent l’attention et la visibilité que peuvent obtenir ces types d’œuvres temporaires, dont le public immédiat est restreint, une fois passées dans la culture mémétique. Dans leur ouvrage Spreadable Media, Jenkins, Ford et Green décrivent comment le fait de

porter attention à ces divergences des systèmes officiels de distribution et d’écouter de telles pratiques peut indiquer d’importantes pistes pour l’élaboration de nouveaux modèles de création et de circulation de contenus. Ainsi, on peut obtenir des preuves de l’existence inattendue d’un public supplémentaire surplus audience », dans la version originale) désireux de prendre part à la production et à la circulation du matériel, ou à tout le moins des indications sur la popularité émergente d’objets en retrait de la circulation commerciale. [27]

Les cas de Meme Snippets et bread-bed sont certainement des phénomènes singuliers d’extension de la visibilité des œuvres d’art qui méritent un suivi attentif. Il s’agit d’une perspective de recherche qui contribue à la critique des institutions de légitimation de l’art et intègre une attention soutenue aux phénomènes populaires et amateurs qui animent également la vie des œuvres par leurs reproductions photographiques. Pour conclure, il peut également s’avérer utile de qualifier l’étude de ces trajectoires avec le concept de « bassin hydrographique de l’œuvre ». Il s’agit d’une expression qu’utilise Bruno Latour [28] dans son article coécrit avec Adam Lowe « La migration de l’aura : ou comment explorer un original par le biais de ses facsimilés » afin de parler des flux de reproductions des œuvres par rapport à la source originale et de trajectoires. Selon les auteurs, les reproductions doivent être « de qualité » afin de nourrir l’aura de la source originale. Latour et Lowe qualifieraient certainement les images retrouvées dans le web sous forme de mèmes de reproductions de « mauvaise qualité », même si Reddit est certainement une « source cachée » pour la visibilité de l’œuvre bread-bed. Par ailleurs, les photographies qui documentent la performance de spencer et l’installation de Beaupré ne sont déjà que des documentations. Elles ne sont pas les œuvres, ni exactement des reproductions de ces œuvres [29]. Plus encore, ces photographies reprises un peu partout dans le web sont souvent littéralement de mauvaise qualité (de résolution, par exemple). Pixelisées, généralement sans références ni attributions, éphémères et à peine indexées par les moteurs de recherche, elles n’ont rien pour augmenter une sorte d’aura mythique et encore moins un processus d’institutionnalisation généré par les utilisateurs. Malgré la boucle de visibilité qui revient au site de l’artiste dans le cas de bread-bed, les deux images ne circulent pas en tant que photographies d’œuvres, mais en tant que photographies de sujets spécifiques. La perspective mémétique permet d’ancrer ces dynamiques dans l’étude de ladite culture participative qui n’est par ailleurs pas seulement produite par l’univers numérique, mais certainement propulsée par ses outils, et qui encourage la porosité des frontières entre art et non-art. La propagation ne s’effectue pas du bas vers le haut ; elle est plutôt de l’ordre de la dissémination horizontale. Ces trajectoires recomposées sont tout à fait fascinantes quand on tente de décrire comment - et par quels usages - vivent les œuvres et les images dans le web. On peut faire apparaître les différentes modalités d’engagement des internautes [30] avec le partage et la mise en circulation de bread-bed de façon différente du partage plus utilitaire de Meme Snippets. Il serait aussi captivant, quoique difficile, de parvenir à définir les façons dont est liée chaque destination, c’est-à-dire comment les sites et les contenus sont liés. Pour la suite de ces recherches, il serait d’abord important de parvenir à cartographier dynamiquement ce genre de circulation en ajoutant le facteur temporel à la visualisation afin de voir comment se déploient ces trajectoires et par quels mécanismes la circulation explose à certains moments. La vitesse est certainement un facteur important dans l’analyse de la propagation des images, même si cet article privilégie la perspective spatiale de l’étendue du transport.


Je tiens à remercier Suzanne Paquet et son équipe de recherche pour le développement d’outils numériques et de questions de recherche qui ont permis d’élaborer cet article. J’aimerais également remercier Remi Beaupré pour son aide précieuse avec les données, de même que karen elaine spencer pour ses indications. Merci aussi à l’équipe du laboratoire NT2 à l’UQAM pour l’organisation d’un speedcolloque sur les memes où j’ai pu présenter l’amorce de ces réflexions.

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  1. [1] À la demande de l’artiste, son nom sera écrit sans majuscules tout au long de l’article
  2. [2] Shifman, L., Memes in Digital Culture, Cambridge, Mass., MIT Press, 2013, p. 7.
  3. [3] https://www.facebook.com/classicalartmemes
  4. [4] http://flyartproductions.tumblr.com
  5. [5] À la demande de l’artiste, son nom est orthographié sans majuscule.
  6. [6] http://artetsite.org
  7. [7] L’article de Paquet (2017) « Entre site et site, l’image photographique comme point de passage. Les performances invisibles de Steve Giasson » exemplifie bien ces réflexions.
  8. [8] Pour la description complète du projet, consultez : http://www.dare-dare.org/fr/evenements/remi-beaupre-meme-snippets
  9. [9] Il s’agit plus précisément de la licence « Attribution 2.0 Generic » qui permet le partage et la modification avec pour seule contrainte l’attribution adéquate des crédits de l’image. Pour plus de détails, consultez : https://creativecommons.org/licenses/by/2.0/
  10. [10] Cette expression sert à définir le pouvoir d’attraction et de stickiness des sites et des contenus. Henry Jenkins, Xiaochang Li, Ana Domb Krauskopf et Joshua Green différencient d’ailleurs les concepts de stickiness et de spreadability de façon particulièrement claire dans leur article « If It Doesn’t Spread, It’s Dead. Part two : Sticky and Spreadable ».
  11. [11] Pour plus d’information au sujet de ce projet, consultez : http://www.dare-dare.org/fr/evenements/graf-roulotte
  12. [12] La méthodologie requiert quelques précisions : il s’agit d’un alliage de collecte automatisée et manuelle afin d’obtenir la localisation géographique des pages web. Les adresses URL de toutes les pages web découvertes par Google Images sont comptabilisées automatiquement. La plupart du temps, la localisation a ensuite été définie par une recherche avec l’adresse IP de la page web, mais aussi grâce à l’extension nationale des adresses URL, voire grâce à une enquête plus poussée sur les créateurs des pages. Les opérations manuelles sont nécessaires puisque nous sommes constamment confrontés à la matérialité des données lorsqu’on se bute à la géolocalisation de serveurs internationaux qui hébergent des sites d’un peu partout dans le monde. Pour d’autres exemples de travaux utilisant des méthodologies parentes, voir : « Where Do Images of Art Go Once They Go Online? A Reverse Image Lookup Study to Assess the Dissemination of Digitized Cultural Heritage» par Isabella Kirton et Melissa Terras, 2013.
  13. [13] Gunthert, André, « L’image conversationnelle. Les nouveaux usages de la photographie numérique », Études photographiques, 31, 2014, p. 55-71.
  14. [14] Nahon, K. et J. Hemsley, Going Viral, New York, Polity, 2013, p. 16. Je traduis.
  15. [15] Jenkins, H., X. Li, A. Domb Krauskopf et J. Green, « If It Doesn’t Spread, It’s Dead. Part one : Media Viruses and Memes », 2009a, s.p.
  16. [16] Latour, B., La science en action, Paris, La découverte, 1989 et Changer de société. Refaire de la sociologie, Paris, La Découverte, 2006.
  17. [17] Pour Latour, le recrutement ou l’enrôlement d’actants dans un réseau est ce qui rend les liens sociaux durables et étendus. « Plus il y a d’attachements, plus [l’actant] existe ; plus il y a de médiateurs, mieux c’est. » op.cit, p. 316.
  18. [18] Ibid.
  19. [19] Shifman, op. cit., p. 91.
  20. [20] Ibid., p. 98.
  21. [21] L’exemple le plus éloquent à ce sujet est certainement le subreddit intitulé « RBI: Reddit Bureau of Investigation » sur lequel se déroule diverses enquêtes sur des crimes et mystères plus ou moins célèbres. Voir : https://www.reddit.com/r/RBI/
  22. [22] Un subreddit est un forum portant sur un sujet spécifique sur Reddit.
  23. [23] Il s’agit d’un extrait de l’épisode « My Sister, My Sitter », initialement diffusé en 1997.
  24. [24] Shifman, op. cit., p. 2.
  25. [25] Jenkins, H., S. Ford et J. Green, Spreadable Media. Creating Value and Meaning in a Networked Culture, New York University Press, 2013, p. 298.
  26. [26] Une recherche par image sur Google permet de découvrir qu’il s’agit en fait d’une scène de téléréalité en tournage sur la plage à Santa Monica (Quinton 2012).
  27. [27] Jenkins, H., S. Ford et J. Green, op. cit., p. 298. Je traduis, emphase ajoutée.
  28. [28] Latour, B. et A. Lowe, « La migration de l’aura ou comment explorer l’original par le biais de ses facsimilés », Intermédialités, n° 17, 2011, p. 177.
  29. [29] Pour une discussion étoffée du devenir-image (photographique) des œuvres qui est en jeu ici, je réfère à l’ouvrage Ouvrir le document : enjeux et pratiques de la documentation dans les arts visuels contemporain, dirigé par Anne Bénichou en 2010.
  30. [30] À ce propos, Shifman écrit : « My second assertion is that we should think of Internet memes and virals as different modes of engagement rather than as passive versus active formulations », op. cit., p. 59.
Réel-Virtuel